Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Mardi 16 août 2005 2 16 /08 /Août /2005 00:00

            Vous savez comme j’ai longtemps été homme de voyage et féru des us que je découvrais au cours de mes périples. De ma Finlande couverte de neige où je vous écris, me reviennent quelques agréables heures passées en votre compagnie, pendant lesquelles longtemps vous m’expliquiez le pourquoi du comportement de certains français. Vous souvient-il d’un hiver encore proche pendant lequel vous m’aviez promptement rendu visite dans le petit  appartement que j’avais loué alors, à Blois. Ce soir là nous décidâmes de préparer pour nos retrouvailles un dîner. Je cuisinais, vous serviez à boire tandis que vous m’énonciez certains propos inspirés, voire fiévreux, suite à l’écoute éberluée d’une compilation intitulée Saturday Night Fish Fry  sur lequel trônait le visage limpide de Lee Dorsey. Le temps que notre repas libère dans la cocotte les saveurs dont j’avais espéré qu’elles inondent votre bouche, nous sortîmes au hasard des rues. Naturellement nous entrâment en une papeterie. Là, se tenait, c’était un samedi, une foule ordinaire et inanimée, qui scrutait sur les murs de manière désespérée l’emplacement et le titre d’un magazine dont vous m’aviez dit qu’ils avaient l’habitude de le lire, mais dont toute la subtilité avant l’accomplissement de sa lecture, consistait en d’abord le chercher éperdument parmi les autres magazines. Vous m’aviez alors précisé, qu’une ombre étrange régnait sur les rayons de cette papeterie depuis qu’un nouveau propriétaire avait quelque peu modifié les règles de cette coutume. De nombreuses conditions nouvelles et  obscures empêchaient son déroulement le plus simple. Je restais interloqué par vos explications. Du reste je constatais en entrant que les règles semblaient n’avoir pas bougé tant ce spectacle de têtes ahuries se déroulait tel que vous me l’aviez décrit, sous mes yeux. Vous semblâtes ne pas considérer l’intérêt de cette coutume : Très vite, vous extirpâtes le magazine que nous cherchions dans lequel nous voulions revoir le visage de Lee Dorsey sur la pochette du disque Saturday Night Fish Fry, dont un article inaugurait l’immédiate écoute ; la vue de ce visage, nous fit sourire, nous étions émus. C’est alors qu’un petit homme vint se placer derrière nous, interrompant notre plaisir, je vis sa tête passer sur le côté de mon épaule, moustachue et grise, elle avait quelque chose d’un rongeur impertinent et sombre. Sa voix nous mit en garde, et je ne sais plus en quels termes il nous fit comprendre que le magazine que nous tenions entre nos mains ne pouvait être lu. Nous étions pris de court, je lui présentai mes questions. Quel était l’intérêt de cet endroit si nous n’y pouvions ni lire, ni consulter les sommaires de malheureuses pages agrafées. Nous recouvrîmes le visage de Lee Dorsey de la page suivante, reposâmes le magazine, tandis que l’homme au fur et à mesure de mes questions s’évertuait à n’y répondre qu’à demi mots, prétextant que cette façon d’agir avec la marchandise empêchait qu’il puisse payer ses employés. Marchant derrière nous, il nous repoussait jusqu’à la porte tandis que je continuais de poser des questions quant à ses mauvaises façons. Il menaça d’appeler la police, je trouvais honteux qu’il brusque ainsi l’ordre public en nous faisant passer pour des voleurs.

 

 

 

            Quelques jours plus tard, j’y retournai afin de contempler à nouveau le visage de Lee Dorsey. L’homme n’était pas là. Je feignais de chercher éperdument le magazine, pour me plier à une coutume dont je cernai mal les gestes. Craintif, je l’extirpai de son rayon, le payai, de retour chez moi, j’en fis la lecture, couvert d’opprobre, pensant que peut-être un des employés n’avait pas reçu son solde en conséquence de mon achat.

 

 

 

            Régulièrement, je me suis rendu à cet endroit et régulièrement je me suis buté à ce petit homme, résiduel, qui me répéta la même scène. Ceci de terrible : chaque fois que j’y allai et qu’il n’y était pas, les employés ne semblaient pas interloqués par mon désir et je pouvais à souhait agir à ma guise et en mon temps parmi les pages agrafées, je comprenais du reste la profondeur de cette coutume, dont vous aviez négligé de me préciser le nom : La flânerie que l’homme prohibait tyranniquement.

 

 

 

            Je ne peux dissocier aujourd’hui le visage de Lee Dorsey – je l’ai sous les yeux – de celui de La flânerie. Je comprends le regardant à quel point cet homme, le résiduel, ne pouvait tolérer qu’un tel visage pouvait être sur terre, tant il portait sur ses traits les bénéfices du temps volé. L’article de notre collègue Poire, posté sur votre blog (Le Psychisme soul) a d’ailleurs révélé tout l’espace de ce temps agréable – car volé sans culpabilité aucune (?) – qu’incarne Lee Dorsey. Je ne saurais, suite à sa lecture, que vouloir confirmer, par le biais de cette  apostille biographique la brillante - et détaillée - analyse de Mr Poire. Oui telle fut en ces temps de papeterie, l’excellente énergie que distillait le visage de Lee Dorsey, envers et contre tout, le petit homme était dupé.

 

 

 

            Bien à vous cher ami, à bientôt.

 

 

 
Par Sred Sweign - Publié dans : Musique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Recherche

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus