Partager l'article ! Marvin Marty à luvre : le témoignage de Don Creux: En mars 1976, le regretté Don Creux est invité sur le tournage de Wine Killing& ...
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En mars 1976, le regretté Don Creux est invité sur le tournage de Wine Killing !, mis en scène par Marvin Marty. Le long métrage, qui symboliserait le déclin économique et artistique du film de cave, est alors fort peu avancé : quelques repérages, un début de casting, des séances informelles avec chefs costumiers et chefs opérateurs, le tout sous la houlette du décisif Maurizio Benutto. Marvin Marty, désireux de donner à son œuvre une orientation baroque, anti-réaliste, étudie avec frénésie les premiers chefs-d’œuvre de Dario Argento. Il ignore tout du succès au box-office américain de films comme Brave Wine de Andy Melon ou Wine Me Like I Wine You de Johnny Bo Lafolette, films dont Marvin Marty a été l’inspirateur, bien malgré lui, et qui achèveraient le devenir commercial d’un cinéma encore ambitieux et neuf trois années plus tôt. C’est dans ce contexte, d’une part, de renouvellement intime et d’autre part, d’affadissement collectif, que Don Creux arrive à Milan, où il séjournera pendant tout un mois. Les notes prises à cette occasion par Don Creux nous révèlent un Marvin Marty épris d’idéal et d’exactitude, mais aussi sujet à de violents accès maniaco-dépressifs. Nous livrons là, avant publication, quelques extraits choisis de ce passionnant témoignage.
7 avril 1976, Lever à l’Hotel Tuccio
Vers 13 heures, je prenais le petit-déjeuner sur la terrasse de l’hôtel, quand Marvin fit son apparition. Visiblement, il n’avait pas dormi depuis plusieurs heures. Je constatai que ses cheveux étaient collés à ses tempes et tentai de lui en faire la remarque. Marvin ne m’entendait pas. Il posa une paire de ciseaux argentés sur la nappe rouge : « Don, que penses-tu de ceci ? » Ne sachant que lui répondre, je bredouillai : « C’est cool, Marvin. » « Non, mec, l’argent et le rouge, le coupant et le soyeux, je veux dire, la combinaison, mon pote, n’est-elle pas parfaite ? Est-ce que tu aimes voir cela ? Ca ne te provoque pas de frémissement ? Mec, la paire de ciseaux en argent, la matière rouge et soyeuse, songe un peu à ce que cela signifie, essaie de penser ton corps sous la forme d’une lame aveuglante posée sur un bel écrin, essaie, Don, parce que moi, cette nuit, j’ai habité cette image du plus profond de mon être, j’ai été cela, mon pote : une paire de ciseaux ET un écrin rouge ». « Tu veux utiliser ça dans le film ? Je trouve que c’est cool. » « Don… je n’ai pas créé cette combinaison. Je ne l’ai pas créée. Elle est parfaite mais je ne l’ai pas créée. Que vais-je faire ! » Marvin s’est mis à sangloter. Je l’ai consolé du mieux que j’ai pu, mais honnêtement, j’ai commencé à douter des capacités de mon ami à travailler convenablement. J’essaierai dans l’après-midi d’en parler à Maurizio.
10 mai 1976, Soir, Bureau de Marvin
Je me tiens de plus en plus à l’écart du tournage et de ses complications. Le sens artistique du film m’échappe, semble-t-il. Et je doute, dans l’état où en sont les choses, que celui-ci soit bien accueilli. Alors reste Marvin, avec qui je passe de bons moments. Je lui propose, ce soir, quelques prouesses de In & Out avec ses plantureuses stagiaires, tout acquises au génie de Marvin et déjà sensibles au fait que moi, je peux consulter Marvin quand je le souhaite. A cette fin, je n’ai pas oublié le 45 tours de The Specters. Marvin refuse : « Non. Je préfère la cocaïne. » « Marvin, l’un n’empêche pas l’autre, allez mec, on va voir ces filles, ça sera cool, tu verras… » « Don, personne n’interfère entre moi et la cocaïne, pas même toi, d’ailleurs tu es mon ami parce que jamais il ne te viendrait à l’esprit de voler ma coke, et cela, je t’en suis reconnaissant, mais pour ce qui regarde les filles, je te répète que c’est non. J’ai beaucoup à faire. » « Qu’est-ce que tu comptes faire ? » « Je te l’ai dit, Don, je vais prendre de la cocaïne. » « C’est tout ? » « C’est important, vois-tu. » « Important pour le film. » « Exactement, mec » « Ton film, il parle de cocaïne ? » « Pas le moins du monde. Les Italiens, Don … Ils n’aiment pas la coke. Alors serait-ce raisonnable que mon film parle de cela ? Non, évidemment. » « Alors pourquoi est-ce si important ? » « Pour la qualité du montage, Don. Mais également, pour la superposition de tous les éléments picturaux et sonores. Satisfait ? » « Tu es devenu psychédélique, mon pote. Tu devrais te méfier. » « Moi ! Psychédélique !? C’est une plaisanterie !? Don, sors de mon bureau. Sors de mon bureau immédiatement. Je ne courtise pas des hippies, moi ! » « Des filles, Marvin, juste des filles. Et puis les hippies italiennes ne sont pas répugnantes, tu le sais. » « Sors ! »
15 juin, Matinée. Rues de Milan
Il était un peu plus de quinze heures quand Maurizio me proposa de l’accompagner en ville où il devait acheter quelques provisions. Nous voyageâmes par le bus citadin, et le trajet nous laissa le temps d’avoir, lui et moi, une conversation significative sur le film et Marvin. « Maurizio, c’est ton idée de tourner à Milan ? » « Je viens du Sud. Ici, je ne connais rien ni personne, pas même un cousin. Non, M. Creux, tous les Italiens expatriés ne nourrissent pas une passion délirante pour leur terre natale. Nous sommes venus ici sur l’idée de Marvin, qui se soucie fort peu, du reste, que je vienne d’Italie. Si je m’étais appelé Guntar Olfson ou Jose De La Merda, nous serions quand même venus tourner à Milan. A propos, je ne vous ai jamais demandé, M. Creux, l’origine de votre famille » Je lui révélai que nous étions originaires de l’Arizona, et avant cela, des Antilles. « Ah oui, de quoi en connaître un bon bout sur l’Orgue du fantôme, n’est-ce pas ? » « Oui, c’est cool. » « M. Creux, je vous observe, et je lis l’inquiétude dans vos traits. Vous savez, Marvin prépare un coup formidable avec ce film, et je dirais qu’il est nécessaire, à ce point de son œuvre, qu’il donne libre cours à sa folie de la forme. Si le film est un échec commercial, je ne dis pas que Marvin s’en ressente profondément… Il faut poursuivre, en dépit de cela-même qui nous contrôle tous. » « Je ne suis plus sur un pied d’intimité avec mon vieux pote, Maurizio. L’autre jour, je l’ai vu rugir après la monteuse, parce qu’il ne souhaitait pas opérer une coupe lors d’un changement de lieu. Je lui ai glissé à l’oreille que ce genre d’affèterie, c’est bien voyant, que lui, Marvin, pouvait s’en passer. L’ancien Marvin m’aurait souri, d’accord ou pas. Celui que j’ai, ces jours-ci, en face de moi, a hurlé de plus belle. Et il ne m’a pas semblé que nous fussions en désaccord. » « Bah, nous retournons au pays pendant quelques jours, à la fin de la semaine. Marvin est invité à une émission de télévision, ça va le détendre. »
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